La santé n'est pas un obstacle à une carrière. Le quotidien d'une personne atteinte d'une maladie chronique.

Parler d'endométriose au travail, c'est souvent comme marcher sur un fil. D'un côté, on souhaite que quelqu'un comprenne enfin pourquoi on ne peut pas simplement « faire comme si de rien n'était ». De l'autre, on craint qu'en parlant trop, on soit perçue comme celle qui a un problème. Cette tension est épuisante, malgré la douleur.
Mais les choses évoluent lentement. Les employeurs, ou du moins certains d'entre eux, commencent à comprendre que la flexibilité n'est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais une réponse logique à la réalité vécue par des millions de femmes. En Pologne endométriose Cela pourrait concerner jusqu'à 3 millions de personnes. Il est difficile de continuer à prétendre qu'il s'agit d'un sujet marginal.
Le présentisme : l'ennemi dont personne ne parle
Il existe un phénomène que les chercheurs appellent le présentéisme. C'est un état où l'on est techniquement au travail, mais où l'esprit est ailleurs, toute l'énergie étant consacrée à survivre jusqu'à la fin de la journée. Les spécialistes de l'Institut de médecine du travail le décrivent comme un phénomène engendrant des coûts considérables pour l'employé et l'entreprise, souvent supérieurs à ceux d'un arrêt maladie classique. Assis à son bureau, on serre les dents et on compte les minutes jusqu'à la fin de la journée. Ce n'est pas de la productivité ; c'est de la survie.
Dans le cas de l'endométriose, le présentéisme est fréquent. Une étude menée dans dix pays par Nnoaham et ses collègues a révélé que les femmes atteintes d'endométriose perdent en moyenne près de 11 heures de travail productif par semaine, principalement non pas à cause d'absences, mais plutôt en raison d'une baisse de productivité. L'endométriose peut provoquer des douleurs comparables à une crise cardiaque, et les troubles cognitifs qui l'accompagnent rendent même les tâches les plus simples beaucoup plus difficiles à gérer. Les employeurs qui ne prennent pas en compte cette situation en subissent les conséquences à double titre : d'abord en raison des heures perdues, puis en raison de l'épuisement professionnel et du désengagement croissant des employés.
Une flexibilité qui fonctionne vraiment
Les horaires de travail flexibles font partie des rares solutions qui fonctionnent réellement, non pas sur le papier, mais en pratique. L'endométriose est imprévisible. Une crise douloureuse peut survenir en pleine réunion importante ou juste après le réveil, quand se lever est tout simplement impossible. Pouvoir retarder le début de sa journée de deux heures, le temps que le traitement fasse effet, permet de mener à bien un projet qui n'aurait pas pu être réalisé sans ce répit.
Le télétravail est un sujet distinct, mais tout aussi important. Pour de nombreuses femmes atteintes d'endométriose, il ne s'agit pas d'une question de commodité ou d'un avantage à la mode, mais bien de la possibilité de fonctionner normalement au quotidien, ce qui serait impossible sans lui. À la maison, plus besoin de se demander si son pantalon de bureau résistera aux ballonnements. ventreVous pouvez changer de position, avoir une bouillotte à portée de main et ne pas avoir à vous justifier auprès de qui que ce soit quant à vos allers-retours aux toilettes. Certaines entreprises proposent également des jours de repos supplémentaires ou des congés menstruels. Ce geste témoigne d'une chose : votre expérience est prise au sérieux et vous n'avez pas à le prouver.
Une équipe qui ne regarde pas de travers
Aucune politique RH ne sera efficace si une culture de méfiance et de ressentiment latent règne au sein de l'équipe. Lorsque les collègues ignorent ce qu'est l'endométriose, chaque absence suscite des interrogations et chaque pause alimente les spéculations. Inutile d'organiser des formations médicales ou de contraindre qui que ce soit à partager des informations confidentielles. Il suffit de créer un environnement où il est normal de reconnaître que les maladies chroniques ne se manifestent pas toujours de la même façon et que les symptômes invisibles à l'œil nu sont bien réels.
Il est toutefois important de se rappeler l'inverse. Toutes les femmes ne souhaitent pas parler de leurs symptômes, de leur cycle ou de leur traitement, et elles en ont parfaitement le droit. Le soutien doit être disponible, mais jamais imposé. Demander « comment vous sentez-vous ? » peut témoigner d'une réelle préoccupation, mais cela peut aussi devenir une forme de pression si la question est posée au mauvais endroit et au mauvais moment. Un bon soutien est celui qui se fait discret et ne requiert aucune confession publique pour être reçu.
Un bureau qui n'aggrave pas la douleur
L'environnement de travail physique est plus important qu'on ne le pense, et cela ne passe pas par des investissements coûteux ou des changements radicaux. Un bureau à hauteur réglable permet de changer de position sans avoir à se justifier. Avoir accès à un endroit chaud, à l'abri de la climatisation à fond, peut faire toute la différence entre des crampes en milieu de journée et la possibilité de tenir jusqu'au bout. Parfois, il suffit qu'un responsable demande simplement ce dont quelqu'un a besoin au lieu de présumer qu'il sait mieux que les autres.
Mais le plus important reste l'intangible. Un manager capable d'écouter sans chercher immédiatement des solutions ni porter de jugement. Une équipe où personne n'a à justifier sa souffrance pour être prise au sérieux. Une culture où s'absenter lorsque son corps refuse de coopérer n'est ni honteux ni source d'explications. De tels environnements existent et peuvent être créés grâce aux femmes atteintes d'endométriose qui s'y sentent en sécurité, loyales, impliquées et qui restent fidèles. Quant à celles qui se sentent incomprises, elles finissent tôt ou tard par devoir mener un double combat.
Un lieu de travail qui prend en compte les besoins des femmes atteintes d'endométriose n'est pas un acte de charité ; c'est tout simplement une bonne gestion. Là où règnent la confiance, la flexibilité et une simple considération humaine, tout le monde y gagne : l'employée préserve sa santé et sa dignité, et l'entreprise bénéficie d'une personne sur laquelle elle peut compter et qui lui rend la pareille.
Sources
- Nnoaham KE, Hummelshoj L., Webster P. et al., Impact de l'endométriose sur la qualité de vie et la productivité au travail : une étude multicentrique menée dans ce pays, "Fertilité et stérilité" 2011, 96(2): 366–373. PubMed
- Simoens S., Dunselman G., Dirksen C. et al., Le fardeau de l'endométriose : coûts et qualité de vie des femmes atteintes d'endométriose et traitées dans des centres de référence, Reproduction humaine 2012, 27(5): 1292–1299.
- Wężyk A., Merecz D., Le présentéisme – un phénomène (pas) nouveau dans le milieu de travail, "Médecine du travail" 2013, 64(6). medpr.imp.lodz.pl
- Wyderka M., Zalewska D., Szeląg E., Endométriose et qualité de vie, "Soins infirmiers polonais" 2011, 42(4): 199–206. Université des sciences médicales de Poznań.
- Impact de l’endométriose sur le fonctionnement social – Informations pour les patientes, Agence Recherche Portail médical / endometrioza.abm.gov.pl. Lien


